1924: les premiers Jeux Olympiques d'hiver

Jeux Olympiques, 1924 Chamonix. Équipe de France (coll CNOSF)

Il y a 100 ans, étaient reconnus « Jeux Olympiques d’hiver de 1924 à Chamonix » les jeux de « la semaine internationale du sport d’hiver ».

Tour commence à Chamonix, le 25 janvier 1924 : c’est l’ouverture des compétitions de sports d’hiver qui se déroulent dans le cadre de la « semaine internationale du sport d’hiver » et qui ne se nomme pas encore « Jeux Olympiques d’hiver ».

La France désire, par cette démonstration de sports hivernaux, associer ces sports à ses Jeux Olympiques d’été et montrer la place qu’elle tient sur le plan international . Après de longues discussions entamées dès 1921, elle obtient enfin l’accord du Comité International Olympique, le CIO, pour organiser ces jeux. Cet accord n’est pas bien perçu par les pays scandinaves. Depuis plusieurs années, sont organisés « les Jeux Nordiques » dominés par les pays scandinaves. Ces derniers redoutent la dévalorisation voire la disparition de leurs jeux et s’opposent donc à cette semaine internationale du sport d’hiver.

Le CIO, après de multiples tractations et par souci de diplomatie, autorisent cette compétition sous le nom de « semaine internationale du sport d’hiver » et non comme « Jeux Olympiques d’hiver », détail dont la presse ne semble pas faire cas durant les quelques semaines qui précèdent l’ouverture de ces jeux tellement l’évènement leur semble innovant et intéressant. Le choix se porte sur une commune déjà bien connue dans les sports de montagne : Chamonix.

Le choix de Chamonix comme lieu des premiers Jeux Olympiques d’hiver 

Chamonix, ville de montagne bien située, à l’enneigement régulier et conséquent, accueille depuis plusieurs années les amateurs d’alpinisme et de sports de montagne. Son relief environnant, idéal pour les sports hivernaux en plein essor comme le ski nordique, le ski de fond, le saut à ski ou le bobsleigh, lui a apporté une immense réputation ainsi qu’une foule de touristes toujours en mal de sensations nouvelles et fortes.

Forte de ce constat, Chamonix s’est vue organiser des manifestations internationales depuis la fin du 19e siècle grâce aux infrastructures qu’elle peut proposer tels des hôtels, des transports et une patinoire pour pratiquer certaines disciplines comme le hockey sur glace ou le patinage.

De plus, la France, axée sur un tourisme centré sur les villes et les campagnes, souhaite, dans un esprit de dynamisme économique et d’image, montrer qu’elle possède également un savoir-faire dans le domaine du tourisme de montagne. Pour cela, les Alpes et en particulier, des communes comme Chamonix, Megève ou Saint-Moritz s’avèrent idéales pour ces projets.

Affiche « Chamonix-Mont-Blanc » Jeux Olympiques d’hiver, 1924.(création de Charles Hallo dit Alo ; exécution de Cornille et Serre affiches. Coll MNS 77.1.4)

Sports de compétition et sports de démonstration 

Comme très souvent dans le monde sportif à cette époque, quelques différences sont faites entre gente masculine et gente féminine, que ce soit par les organisateurs, les sportifs, le public ou les journalistes. Il est possible d’y voir une connotation reflétant la pensée de Pierre de Coubertin et bien d’autres, impensable au 21e siècle mais bien réelle en ce début de 20e siècle. Ainsi, le patinage artistique, jugé comme un sport de démonstration, autorise la participation des athlètes féminins, participation que le CIO n’acceptera qu’à partir des jeux olympiques d’été de 1928 pour des sports comme l’athlétisme ou la natation. Ironie de l’histoire, le patinage artistique, après ces premiers jeux, va intégrer le programme hivernal des jeux olympiques et devenir un des sports les plus médiatisés des Jeux Olympiques d’hiver. Dans le même ordre d’esprit, le curling, le bobsleigh ou la luge sont considérés comme de la démonstration. En revanche, les sports tels le ski, le hockey, le patinage de vitesse sont attribués aux athlètes masculins car représentant bien la notion de compétition. Le public va ainsi découvrir des athlètes comme Thorleif HAUG, triple médaillé d’or, Sonja HENIE, plus jeune sportive avec ses 11 ans, le couple français de patinage artistique Andrée Joly-Pierre Brunet…

Avec l’évolution des mentalités, ces distinctions disparaîtront au fil des années et des compétitions sportives.

Andrée Joly et Pierre Brunet, médaillés de bronze de l’épreuve par couple aux Jeux Olympiques de 1924 (coll MNS. IMG.2010.0001.2915)

Thorleif Haug, triple médaillé d’or des épreuves des 50 kms et 18kms de ski de fond et du combiné nordique aux Jeux Olympiques de 1924, Chamonix (Wikipédia)

A ces sports, vient s’ajouter une discipline particulière dénommée ski militaire. Celle-ci, au sortir de la première guerre mondiale, présente un attrait patriotique encore bien ancré dans les esprits. La France, quoique bien placée avec son équipe jurassienne très entraînée finit 3eme à cause… du coup de froid d’un participant. Jugé ensuite trop distant de l’idée olympique, le ski militaire disparaît après 1924 pour réapparaître en 1960 sous l’appellation de « biathlon moderne » dans lequel les Français tiennent leur place à côté des scandinaves. Il en est de même pour le curling, sport estimé trop marginal. Retiré après 1924, il revient officiellement dans le programme olympique en 1998 à Nagano, attirant la curiosité du public pour une discipline rarement montrée par les médias.

Si toutes les disciplines attirent son lot de spectateurs, il en est une qui aimente le public pour son aspect spectaculaire, au point d’autoriser les enfants à délaisser l’école pour aller admirer ses sportifs volants . Il s’agit du saut à ski. Bien que le tremplin des Bossons soit adapté pour des sauts jusqu’à 60 mètres, rares sont les sportifs qui atteignent les 50 mètres… et loin des 110 mètres d’aujourd’hui. Dans ce domaine, les norvégiens obtiennent une majorité de podiums. Toutefois, lors de ces jeux, un sauteur s’est distingué. Il se nomme Anders HAUGEN et il est américain d’origine norvégienne suite à son émigration aux États-Unis à la fin du 19e siècle. Fort de ses sauts à 49 et 50 mètres, il monte sur la 3eme marche du podium. Malheureusement, un calcul des points erroné le fait passer à la 4eme place derrière 3 norvégiens. Ce n’est que, lors d’un nouveau calcul effectué par le norvégien spécialiste du combiné nordique Thoralf STRÖMSTAD en 1974, qu’il sera confirmé que sa place de 3eme lui revenait. Cette erreur sera corrigée et sa médaille lui sera restituée la même année. Anders HAUGEN a alors 86 ans.

 

 

 

Médaille des Jeux Olympiques de 1924 à Chamonix (Graveur : Raoul Bénard. Coll MNS 7042) Recto.

Médaille des Jeux Olympiques de 1924 à Chamonix (Graveur : Raoul Bénard. Coll MNS 7042) verso.

Déroulement et bilan des Jeux 

Malgré une popularité moindre face à celle du football ou du cyclisme, de nombreux journalistes sont présents pour couvrir l’évènement et permettre la retransmission quotidienne des compétitions, suscitant un engouement et une implication de la part du public. Celui-ci découvre à chaque page des périodiques, les résultats, les records, une nouvelle facette des sports d’hiver, des athlètes ainsi que des disciplines jusque-là inconnus.

Finalement, c’est un vrai succès médiatique et sportif même si quelques articles de presse laissent libre cours à leur déception quant aux résultats français, aux retombées économiques et à leur impact à l’étranger. Le CIO, satisfait de ce bilan, décrète en mai 1925 lors de son congrès à Prague que ces jeux méritent désormais le nom de « Jeux Olympiques d’hiver » . Ils vont constituer avec les futurs Jeux Olympiques d’été de Paris – 1924 la 8eme Olympiade.

Reconnaissance des Jeux Olympiques d'hiver 1924 Chamonix.(L’Auto, 06/06/1925)

Quant aux Français dans leur ensemble, après avoir découvert des sports de montagne en particulier le ski alpin et pour lesquels ils ont montré un intérêt grandissant, ils sont unanimes à dire qu’il faut désormais faciliter l’expansion et l’exploitation des sports d’hiver, validant ainsi une certaine reconnaissance du succès de ces jeux hivernaux, qu’ils souhaitent voir se prolonger à long terme. Un siècle plus tard, on peut constater que ce vœu a été exaucé.

Pour en savoir plus :

La mémoire des 1ers Jeux Olympiques d’hiver, Chamonix 1924 de Pierre Vitalien. éd.2004.

Les jeux nordiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_nordiques

Les Jeux Olympiques d’hiver de 1998 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_olympiques_d%27hiver_de_1998

1924, les premiers Jeux Olympiques d’hiver à Chamonix : https://www.retronews.fr/sports-et-loisirs/long-format/2024/04/26/premiers-jeux-olympiques-hiver-chamonix-1924

1924, les premiers Jeux Olympiques d’hiver : https://www.chamonix.com/espace-pro-presse/1924-les-premiers-jeux-olympiques-d-hiver

Origine des premiers Jeux Olympiques : https://www.olympics.com/cio/faq/histoire-et-origine-des-jeux/quand-ont-lieu-les-premiers-jeux-olympiques-d-hiver

Thorleif Haug : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thorleif_Haug

Sonja Henie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sonja_Henie

Les Jeux Olympiques d’hiver en vidéo : https://www.eurosport.fr/jeux-olympiques/jeux-olympiques-dhiver-quand-les-jeux-dhiver-naissaient-a-chamonix-en-1924_vid60045721/video.shtml

Éric Monnin : de Chamonix à Beijing : un siècle d’olympisme en hiver. Éditions Désiris, 2002.

 

Par Evelyne Ruis