Empreintes 1924-2024 : l'Olympiade culturelle

Focus sur l'exposition «Empreintes 1924-2024», produite par le CNOSF et la Métropole du Grand Paris, et visible dans le jardin des Tuileries du 4 juillet au 8 septembre 2024.

Les œuvres du concours de sculpture de la VIIIe Olympiade exposées au Grand Palais - coll. Iakovidou / Anagnostou

Unir le Muscle et l'Esprit 

Le “Pentathlon des Muses” 


Sur une idée chère à Pierre de Coubertin, des compétitions artistiques ont fait partie des Jeux olympiques, de 1912 à 1948. Mais c'est à Paris, capitale mondiale des arts dans l’entre-deux-guerres, que ces concours artistiques consacrés à la célébration des sports et de l'olympisme, connaissent leur apogée avec la présence dans le jury de grands noms comme Jean Giraudoux, Paul Valéry et Paul Claudel en littérature, Maurice Ravel, Arthur Honegger, Maurice Ravel, Igor Stravinsky, Gabriel Fauré et Bela Bartok en musique, Foujita, et Maurice Denis en peinture, Antoine Bourdelle et Aristide Maillol en sculpture ou bien encore Tony Garnier en architecture.

 

Les œuvres présentées devront s'inspirer de l'idée sportive, c'est-à-dire répondre à la définition du sport olympique : exercice volontaire, méthodique et discipliné de toutes les ressources physiques et morales de l'être humain dans un but de victoire désintéressée. (Excelsior, 22 janvier 1923)

 

Il s’agit d’unir à nouveau par les liens d’un légitime mariage, d’anciens divorcés : le Muscle et l’Esprit.

Pierre de Coubertin

Une saison olympique en amont et pendant les Jeux


Plus que des concours artistiques, la Commission des Arts du Comité Olympique Français a voulu organiser la célébration du sport par les arts en organisant notamment une grande exposition au Grand Palais du 16 mai au 30 juin où on notamment été exposé les œuvres concourant au "Pentathlon des Muses".

Le Discobole finlandais de Dimitriadis

Costas Dimitriadis (1873-1943), sculpteur grec vivant alors à Paris, remporta la médaille d'or au concours de sculpture organisé lors des Jeux Olympiques de Paris 1924 avec son œuvre intituléLe Discobole finlandais, "oeuvre puissante, belle musculature d'athlète complet, bien sur ses jambes et dans le geste classique du discobole dans le début de son élan" selon la critique du journal L'Auto du 29 mai 1924

La sculpture exposée au Grand Palais.

Coll. Iakovidou / Anagnostou 

Deux exemplaires de cette œuvre ont été fondues en bronze. En 1926, une première copie est installé à New York, dans Central Park, devant le Metropolitan Museum of Art. Cet exemplaire sera déplacé à Randall's Island en 1936 puis récemment installé devant le stade Icahn, en avril 2024. Un autre exemplaire sera commandé par la municipalité d'Athènes et installé devant le Panathinaiko stadium.

Le lanceur de disque finlandais Armas Taipale (1890-1976) pose dans l'atelier du sculpteur. 

coll. Iakovidou / Anagnostou 

Le spectacle vivant n'est pas en reste

Plusieurs autres événements artistiques ont également été organisés à Paris : le théâtre des Champs-Elysées accueille ainsi une “grande saison d’arts” du 1er mai au 31 juillet 1924 dont l’inauguration est présidée par Pierre de Coubertin ; une exposition internationale des sports est parrainé par le Gouvernement français (on y mélange art et industrie) ; un salon sportif et humoristique se déroule également en mai et le monde du spectacle et notamment des cabarets qui font la renommée de la “Ville Lumière” s’empare également de la thématique des Jeux olympiques, parfois avec malice ou de manière coquine. 
 

A Buffalo, un spectacle "unique"

Le vélodrome Buffalo, haut-lieu du sport de l'époque, organise un gala sportif. Le journal Paris-Soir annonce en ces termes cette grande reconstitution dans son numéro du 9 juin 1924  

Sur l'immense piste de Buffalo évolueront plus de deux cents cavaliers et des centaines d'hommes à pied et en costume, et dans leur cadre, feront revivre les sports en honneur à chaque époque de notre histoire. Byzance y figurera avec ses cochers menant en trombe les chars antiques ; le Moyen-Age avec ses archers, le seizième siècle avec ses tournois, le dix-huitième avec ses chasses à courre, etc.

Olympisme à Buffalo

Affiche pour le spectacle « Les sports à travers les siècles » au vélodrome Buffalo, le 22 juin 1924, coll. Musée National du Sport

A Montmartre, une idée "neuve et audacieuse"

Le Bal Tabarin, célèbre cabaret montmartrois fondé en 1904, organise ses propres Jeux olympiques, plus érotiques qu'athlétiques, pour "séduire les véritables sportsmen".

 

Affiche du Bal Tabarin

Affiche pour les Jeux olympiques du dancing Tabarin, 1924, coll. Musée national du Sport 

L'Union des artistes russes organise son bal sportif costumé

Comme l'indique le numéro de Comoedia daté du 11 juillet 1924, "la plupart des peintres les plus modernes ont prêté leur concours à cette fête dont le succès est à peu près certain." Ainsi participent notamment les peintres Marie Vassilieff, Fernand Léger, Foujita, Natalia Gontcharova, ou encore le poète Tristan Tzara.

 

Ajoutons cependant qu'à ce « bal olympique » il est recommandé de venir en tenue de sport ; on n'aura d'ailleurs que l'embarras du choix puisque même le caleçon de bain est autorisé. Le travesti n'est cependant pas indispensable et le veston sera admis aussi facilement que l'habit de soirée. Comoedia, 11 juillet 1924

 

L’Olympiade culturelle 

Depuis l’abandon des concours artistiques olympiques, la charte olympique établit néanmoins que les organisateurs doivent inclure un programme d'événements culturels pour promouvoir “les relations humaines, l'entente mutuelle et l'amitié entre les participants lors des Jeux olympiques”. Si les formes et les disciplines artistiques varient beaucoup d’une Olympiade à l’autre, depuis 1992, c’est sous le vocable d’Olympiade culturelle que les organisateurs doivent penser leurs interventions culturelles.