Les Jeux silencieux d’été de 1949 à Copenhague
Les Jeux silencieux, également connus sous le nom de Jeux mondiaux, jeux internationaux des sourds, et enfin Deaflympics depuis 1949, sont la plus ancienne compétition multisports internationale après les Jeux olympiques modernes. La 1re édition des Jeux silencieux est organisée en concomitance avec les Jeux olympiques de 1924, à Paris. Jeux d’été organisés tous les 4 ans, les Deaflympics connaissent 5 éditions avant la Seconde Guerre mondiale : Paris 1924 ; Amsterdam 1928 ; Nuremberg 1931 ; Londres 1935 ; Stockholm 1939. La 6e édition se déroule à Copenhague en 1949 : elle marque une étape décisive dans le renouveau du mouvement handisport, notamment du sport pour les sourds qui a commencé à s’organiser à la fin du 19e siècle.
Dès 1890, une première course cycliste amicale pour personnes sourdes, le « Paris-Versailles », est organisée. Les compétitions en cyclisme sourd se développent par la suite : le premier championnat de France sourd a, par exemple, lieu en 1900. Les associations des sourds-muets, notamment sportives, se réunissent dès 1897 au sein de la Fédération des sociétés françaises de sourds-muets, ancêtre de la Fédération nationale des sourds de France. Le dossier de déclaration de cette dernière est conservé, aux Archives nationales, dans les archives du 2e bureau de la direction de la Sûreté générale du ministère de l’Intérieur (F/7/12369, dossier n° 196, 1897-1903). Les premiers clubs sportifs omnisports apparaissent également au début du 20e siècle : le tout premier, le Club sportif des sourds-muets de Paris – encore aujourd’hui affilié à la Fédération française handisport – est fondé en 1910 par Eugène Rubens-Alcaïs (1884-1963). Pionnier du mouvement sportif pour les sourds-muets, Eugène Rubens-Alcaïs est à l’origine de la Fédération sportive des sourds-muets de France, créée en 1918. Dans les années 1920, les pratiques sportives pour les personnes en situation de handicap - auxquelles sont rattachées les sport sourds et muets, se développent en France, bien que marginalement encore. Elles sont principalement initiées dans des institutions médicales et éducatives, à des fins thérapeutiques plus que compétitives, et surtout destinées aux soldats blessés lors de la Première Guerre mondiale. Le sport sourd-muet connaît, lui, sa première grande compétition internationale en 1924, à Paris : les Jeux silencieux, ou Deaflympics. Dans leur foulée est créé le Comité international des sports des sourds, sous l'impulsion d'Eugène Rubens-Alcaïs, son président jusqu’en 1953.
Après la Seconde Guerre mondiale, les pratiques handisports continuent à se développer chez les vétérans blessés. En 1948, les Jeux de Stoke Mandeville, considérés comme les premiers Jeux paralympiques, sont organisés par le médecin anglo-allemand Ludwig Guttman (1899-1980) dans un hôpital militaire près de Londres. L’année d’après, la 6e édition des Jeux d’été sourds se tient à Copenhague du 12 au 16 août 1949. Initialement prévus en 1948 à Londres, ces Jeux sont cependant reportés en raison des Jeux olympiques, organisés la même année à Londres. Ils surviennent dans un contexte particulier : premiers Jeux organisés après la guerre, ils redonnent un nouvel élan aux Deaflympics, dix ans après la dernière édition (Stockholm, 1939). 391 athlètes – un record pour l’époque –, dont 49 femmes, venus de 14 pays concourent dans 7 sports et 9 disciplines : athlétisme, natation et plongeon, cyclisme, tennis, tir sportif, football et, pour la première fois, basket-ball et water-polo. La France y est représentée par 34 athlètes, dont 4 femmes, qui remportent 14 médailles, entre autres en tennis et dans les épreuves de course de haies. Cette édition marque également un tournant pour la compétition : c’est en effet la même année que se tient la première édition des Deaflympics d’hiver du 26 au 30 janvier 1949, à Seefeld in Tirol, en Autriche.
Les Archives nationales conservent plusieurs dossiers relatifs aux 6es Jeux silencieux dans les archives produites par le département ministériel chargé de la Jeunesse et des Sports, plus particulièrement sous André Morice, secrétaire d’État à l’Enseignement technique, à la Jeunesse et aux Sports (1947-1951). Un premier ensemble, conservé sous la cote 19860446/24, provient de la sous-direction de l’éducation physique et des sports, notamment chargée du suivi des fédérations sportives et de la préparation olympique. Correspondance entre le secrétariat d’État et la Fédération sportive des sourds-muets de France (dissoute en 2008), notes, rapports et documentation apportent un éclairage sur l’organisation des 6es Jeux, la participation française, les épreuves. On y trouve également des informations sur les efforts déployés par la Fédération pour préparer les athlètes, élargir son recrutement – les autres fédérations sportives ne comprenaient alors pas de section sourd-muet dédiée –, développer ses activités en Outre-Mer et en Algérie, initiatives portées par Eugène Rubens-Alcaïs, toujours à la tête de la Fédération. Les échanges entre le secrétariat d’État et la Fédération sportive des sourds-muets de France montrent par ailleurs que celle-ci cherche à obtenir le soutien financier du Gouvernement, afin de pouvoir envoyer une délégation aux 6es Jeux. Un autre dossier, contenu sous la cote F/17/14987, détaille ainsi les subventions versées à la Fédération sportive pour l’année 1949.
