Les dessins textiles de Raoul Dufy

Focus sur une pièce issue des collections du Musée de Bourgoin-Jallieu.

Un objet, une histoire : Tennis par Raoul Dufy © Musée de Bourgoin-Jallieu / Cailloux et Cie, Paris

Dès 1910, Raoul Dufy se lance dans l’aventure du textile.

Alors qu’il est un artiste peintre reconnu, Raoul Dufy (1877-1953) se passionne pour les techniques de gravure. En 1909, passé maître dans l’art de la xyloglyphie - taille en épargne sur bois de fil – il compose avec les veines et les fibres afin de réaliser des estampes.
La même année, il rencontre Guillaume Apollinaire au cours d’un diner organisé par Paul Poiret. Le couturier l’encourage à transposer son art à la création textile. Apollinaire souhaite illustrer son Bestiaire, mais Picasso tardant à se mettre au travail, il accepte, à contre cœur, les gravures de Dufy pour son livre qui paraitra en 1911. Apollinaire admettra plus tard la qualité de son travail. 

Son premier dessin textile est mis en fabrication par la Maison lyonnaise Atuyer-Bianchini-Férier. S’en suivra une collaboration sur plusieurs années puisqu’en 1911, Bianchini offre à Dufy un poste d’artiste-décorateur pour l’industrie, pour une durée de 3 ans. 
La guerre freine son élan. Cependant, dès 1916, il reprend son activité pour l’industrie textile en tant que dessinateur indépendant. La guerre devient un sujet d’ornementation : soldats en uniformes, fleurs tricolores, coq et colombes pour l’Armistice ; puis sera remplacée par les scènes de l’actualité mondaine dès 1919 : Tennis, Charlot, etc. De nombreux motifs alors développés pour les tissus étaient déjà représentés sur les gravures du Bestiaire. Il reprend d’abord certains des motifs secondaires, puis plus tard des animaux du bestiaire. Lorsque ces sujets principaux ne conviennent pas à la censure de l’époque : femmes nues, mouches souvent présentent dans les vanités, souris, etc., il va les transformer en fleurs ou autre figures plus acceptables aux contraintes de l’industrie textile. 
Pour adapter les motifs du Bestiaire à l’impression sur tissu, Dufy utilise plusieurs mécanismes de transformation des figures : l’adaptation, les variations, la disparition, la substitution, le camouflage, le mimétisme, etc. Ces subterfuges amplifient la dimension ornementale de ses motifs.


En 2001, le Musée de Bourgoin-Jallieu acquiert, en vente publique grâce à l’aide de l’Etat, de la Région Rhône-Alpes et de l’association des Amis du musée, cette toile de coton imprimée à la rotative par les Toiles de Tournon. Ce motif dessiné par Raoul Dufy en 1919 pour Bianchini-Férier s’intitule Tennis ou La partie de tennis. Il est un bel exemple de motif Art déco que Dufy aime travailler. 
Pourtant, l’artiste ne concevra que très peu de dessins pour l’impression à la rotative, préférant l’impression à la planche. Il travaille avec un nombre restreint de couleurs, ce qui entraine une simplification des motifs, une stylisation de l’image.
En outre, l’impression à la planche lui autorise arabesques et motifs placés de grande dimension. Ici, la rotative impose un rapport, plus petit et répétitif, plus vendeur pour l’éditeur. Tennis montre toute la prouesse de Raoul Dufy à créer une grammaire ornementale qui peut être déclinée soit en motif placé soit en all over.

impression textile représentant des joueurs de tennis